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24 juin 2008

La galère du travail normatif en infodoc


Mis à jour le 22 Juin 2008

Prenant acte de l'élargissement du périmètre des documents normatifs touchant à l'information et à la documentation, nous posons dans cette note (un peu longue ...), la question du rôle du comité technique de l'ISO, le TC46. Après avoir exposé brièvement la situation en France de ce TC et les difficultés de valorisation des normes, nous présentons le fonctionnement particulier de la production normative aux USA avec l'ANSI, un Groupe de conseil technique (TAG=Technical Advisory Group) du NISO, miroir du TC46.


ISO TC46 - Afnor GC46


Les normes qui touchent à l’information et à l'information documentaire sont nombreuses, très nombreuses... Nous pouvons citer :

  • les schémas de représentation ou de description de ressources de nature bibliographiques: Dublin Core, MARC, LOM-Fr, IPTC,…
  • ceux orientés "document" dans son entier : la TEI ou encore l'ISO NP 16642 pour les terminologies, SKOS ou NP25964 pour les thésaurus ou classifications
  • des systèmes d’identification : ISBN mais aussi ISAN, ISRN, DOI, ISNI pour les « parties » ou ayants-droits…)
  • les normes pour les noms de langue, de pays ou d'écritures.

et tout cela a l’air de bien tourner, n’est-ce-pas ?

Des normes apparaissent, elle sont (plus ou moins) appliquées ... sans se poser vraiment des questions sur la machinerie.  Certaines normes disparaissent, d'autres sont remplacer,...

Mais au fait, d’où vient le pétrole qui fait marcher le système ?
Les épisodes de l’adoption du format OXML de Microsoft nous oblige à y regarder d’un peu plus près.

Extension du périmètre des normes en infodoc

Si l'on ne restreint pas les documents à ce qui se trouvent dans les services d'Archives, les Bibliothèques ou les Musées, on peut convenir que les normes en infodoc sont produites et exploitées par une large palette de publics, dans des lieux très variés.

On peut citer bien sûr les organismes et services pré-cités dont le métier principal est de de gérer et d’organiser cette matière, et ceci quel que soit le nom donné à ces objets (document d'archives, publication tels les livres ou autres formes de supports et genres textuels, visuels ou sonores, objets de collection de musée).
Mais en basculant dans le numérique, le champ d’intervention de ces normes déjà présent dans tous les lieux d'activités humaines, s’est considérablement élargi touchant aujourd’hui de nombreuses autres organisations dès lors que celles-ci produisent ou exploitent ce type d’information.  C’est-à-dire aujourd’hui … tout le monde !

Une étude panoramique des lieux de production normative peut inquiéter dans une période où l’interopérabilité semble une nécessité face aux flots d’information qui nous entourent.
On trouve bien sûr l’ISO et ses pendants locaux comme l'Afnor, ou pour des aspects plus techniques, l’IETF pour les protocoles Internet, le W3C pour l’architecture du Web ou l’OASIS (développement de spécifications aux standards de l'industrie pour l'interopérabilité), …
Mais il faut également compter sur des organismes d'envergure internationale émanant de secteurs professionnels. Citons l’IPTC (International Press Telecommunications Council), consortium réunissant les principales agences de presses du monde à l'origine des normes de métadonnées relatives aux images de presse, l'IPTC Core, standard (=norme) très largement utilisée dans ce secteur.

Tout ceci nécessite des travaux plus amples, plus longs avec une diversité d'échanges, de points de vue, d'acteurs et des contacts plus nombreux avec les professionnels de terrain. Bref du temps, des compétences...

Dans ce contexte, quelle place alors attribuer au Comité de l'ISO dénommé "Information et Documentation", le fameux TC46 ?

Nom de code TC46

Le TC46 – Information et documentation - piloté actuellement par la France (merci à Catherine Dhérent de la Bnf et tous les autres pilotes des différents sous-groupes) -
conserve son périmètre historique lié aux « pratiques relatives aux bibliothèques, aux centres de documentation et d'information, à l'édition, aux archives, au records management, à la documentation muséographique, aux services d'indexation et de résumés, et aux sciences de l'information».[extrait du site- réf]

En même temps, ce TC 46 de l'ISO est de plus en plus sollicité pour travailler sur des projets de normes qui concernent bien sûr l’information et la documentation, mais qui élargissent considérablement son périmètre traditionnel par les enjeux mis en avant et par les promoteurs en lice, comme on peut le voir avec les travaux autour du DOI ou de l’ISNI.

Parallèlement à ces actions précises, dont l’origine est souvent externe à l’ISO, le TC 46 noue des liens étroits avec d’autres Comités au sein de l’ISO. Par exemple avec l’ISO JTC1/SC29/WG11 (MPEG/JPEG) ou le TC 37 pour les Codes langues.

Conduire à bien ce travail en se centrant uniquement sur ces trois niveaux (interne au TC46, autres TC de l'ISO ou par des appels de l'externe à l'ISO) représente déjà des charges importantes, et les participants à ces groupes sont désespérés face aux actions qui pourraient et devraient être menées rien que sur le terrain de l’ISO ! Mais lorsque les membres de ce TC pointent d’autres travaux « normatifs » ayant un recouvrement certain avec les travaux du TC46, travaux conduits au sein d’association ou consortium professionnels et menés sans toujours prendre en compte les critères d’interopérabilité, c’est alors le désespoir !

Qui doit faire ce travail de veille, d'anticipation, de communication, de collaboration ?

La CG 46, miroir à l'Afnor de l'ISO TC46

Concernant ses moyens, le groupe français miroir de l'ISO TC46 (Commission Générale CG46, présidée par Mr Bérard de l'Abes) est supporté essentiellement – si j’ai bien compris - par une subvention significative de la Bnf et du Ministère de la Culture. Et tout cela tourne vraiment grâce à un activisme – n’ayons pas peur des mots, d’un certain nombre des collaborateurs/trices issus de ces deux institutions. La journée d'étude organisée annuellement par l'Afnor et la Bnf témoigne de ce dynamisme.

D’autres structures – comme l’Adbs, apporte sa contribution en participant aux différentes réunions et en faisant la promotion de ces travaux auprès de ses adhérents. Ponctuellement une société de conseil ou un éditeur apporte sa contribution …. Mais tout ceci reste l’affaire d’individus plus que de structure…

[Ajout le 26 Juin : La GC46 a décidé de produire une lettre d'information dont le premier numéro est paru en février (disponible sur le site de l'ADBS] 

Mais si la participation de ces deux Ministères – Education nationale et Culture – s’explique historiquement, l’extension de la portée d’une partie de ces normes, les profils de certains entrants (venant pour un grand nombre de secteurs très concurrentiels) ainsi que le nombre et l'orientation de ces projets qui ne cessent de croître, rendent tout à fait inconfortable la position des « meneurs français » de la GC46.

Constats sur la situation actuelle

Dans le cadre de ma participation au groupe de révision de la norme sur les thésaurus (NP 16642), j’ai pu mieux mesurer les réelles difficultés de ce TC. Un regard rapide sur la liste des participants et en parallèle sur la liste des actions officielles montre la nécessité d’alerter tous les professionnels de l’infodoc dans toutes les organisations et entreprises.

Mais comment un(e) documentaliste dans une société du secteur de l'informatique ou de l’industrie chimique peut-il/elle négocier auprès de son entreprise de venir étoffer les groupes de normalisation (ou au moins un groupe d’experts) et ainsi apporter ses compétences et un point de vue terrain, alors que son entreprise fait déjà un effort sur les normes de son métier, l’informatique, la chimie, l’énergie, l’électricité… D’où une absence chronique de ces professionnels dans ces instances.

Un premier travail de sensibilisation sur le terrain auprès des professionnels eux-mêmes et des responsables des dispositifs documentaires, des entreprises, que celles-ci soit éditrices d’information (au fait que fait le GFII ?) ou de logiciels, société de conseil ou indépendants.

Ensuite bien sûr, c’est le fonctionnement du dispositif de normalisation qu’il faut étudier.
Sans tomber dans le travers de penser que lui seul est en cause, plusieurs éléments constituent me semble-t-il des freins à la promotion de l'information "norme".

Tout d'abord, les tarifs de mise à disposition des normes sont tels que les normes sont bien souvent absentes des rayonnages de nombreuses bibliothèques. Bien sûr chaque lieu très spécialisé va faire l'acquisition des 2 ou 3 documents de norme au coeur de sa spécialité. Ceux qui en pâtissent le plus sont les bibliothèques multi-domaines (pas de normes à la BPI ou à la Villette) ou le milieu de la formation. Quant à l'approche trans-disciplinaire en particulier sur les outils transversaux comme les méthodes qualité, l'informatique ou l'information, absolument oubliée avec ce fonctionnement...Ce dernier aspect - chacun dans sa filière - nous semble une des raisons de la multiplication sans concertation de schéma de métadonnées, chacun restant dans son propre monde.

Dans ce contexte de méconnaissance de l'univers et des enjeux des documents de normes, viennent s'ajouter les difficultés rencontrées au sein des associations professionnelles pour faire participer les professionnels à des travaux d'intérêt général. L’ISO et son pendant national l’Afnor sont d'énormes machines pas faciles d’approche avec un modèle d'organisation un peu … ancien ;-). Faire participer plus de personnes sur le terrain supposerait des moyens plus souples, plus rapides que ce qui est proposé aujourd'hui. Une des raisons évoquée à ce fonctionnement est que ce cadre formel et un peu rigide donnerait une certaine légitimité à la production de ces groupes ...mais il n'en reste pas moins que cela constitue également un frein.

Sur le plan du tarif, le montant de l’adhésion (ou plutôt le mécanisme de calcul de ce montant) reste difficile à passer dans un secteur où les professionnels sont fortement « éclatés » dans des services documentaires ou d’archives de taille très modeste face au reste de l’entreprise ou organisation (les collectivités territoriales …). Ne parlons pas bien sûr des petites entreprises, des indépendants ou des associations professionnelles du secteur…
Le plus petit tarif proposé par l'Afnor est de 445€ pour les entreprises de moins de .. 1,5 M€  ;-) et pour ce prix-là vous pouvez « … assister, avec voix consultative, à l'assemblée générale ». Si vous voulez que votre travail et votre voix soient pris en compte, il faut passer au stade des entreprises avec un CA de moins de 7 M€, et débourser 1100 €, ou 775€ pour une association professionnelle.

Vous me direz, mais c’est pareil pour le W3C!

La différence me paraît importante : les travaux du W3C grâce à une publication régulière (tous les trois mois) sont plus largement ouverts auprès du public et les commentaires sont pris en charge. Cela fait trois ans que je suis le mouvement de SKOS, un exemple parmi d'autres.
[J’espère que les collègues qui m’ont très aimablement acceptée dans le Groupe LOM-Fr début 2006 ne m’en voudront pas ! je parle ici de façon très globale]

Mais au fait comment cela tourne ailleurs ?

Un exemple : le NISO et l'ANSI (USA)

Pour nous aider dans notre réflexion, regardons un peu plus loin que l'hexagone et étudions par exemple, l’organisation des travaux normatifs autour de ces mêmes thèmes aux USA.

Il existe depuis 1939 (bientôt 70 ans !) le NISO (National Information Standards Organization), une société à but non lucratif accréditée par l’ANSI, l’Afnor états-uniens. On parle de Technical Advisory Group ou TAG (que l'on peut traduire par Groupe de conseil technique) pour le NISO. L’ANSI est le miroir local du TC46 (quelque part le pendant de la GC46).

Cette structure prépare les normes américaines en infodoc, les fameuses Z comme la Z39.50 ou Z39.84 pour le DOI avec comme missions de : « identifier, développer, maintenir et publier des normes techniques liées au management de l’information dans notre environnement changeant et de plus en plus digital ». Ces normes s’appliquent aussi bien aux technologies traditionnelles que récentes pour répondre à un grand nombre de besoins « incluant la recherche, la transformation aux nouveaux modes de diffusion ou de distribution (repurposing), le stockage, les métadonnées et la préservation ». (traduction de Dalb).

Ce type de groupe, le TAG, joue bien souvent un rôle de conseil mais aussi ici de production.
Dépendant de l'ANSI, c'est une structure souples puisque des membres peuvent ne pas être membre de la tutelle en l'occurrence de l'Ansi.

Une première chose : présenter la finalité et le périmètre de cet organisme par la matière traitée (management de l'information) et non selon quelques uns des lieux d’exercice (Bibliothèque, Archives...) donne une toute autre ampleur aux actions nombreuses de cet organisme. « NISO is well positioned to bring together all interested parties, wherever they are based ».
Et bien sûr, on remarque comme adhérents, à coté de Bibliothèques Universitaires (relativement absentes chez nous, paraît-il), des sociétés (3M, Dow Jones, EBSCO, ...), des laboratoires de recherche (HP laboratory), des consultants, des éditeurs de solutions informatiques ou des associations professionnels (AIIM, OCLC...). Bref une représentativité plus grande, une autre reconnaissance sur le terrain,...et bien sûr d’autres moyens,

Les travaux préparatoires y sont plus aisés qu’avec la machinerie ISO, plus ouverts aussi comme en témoigne l’imposant projet national conduit entre 1999 et 2004, chantier préparatoire à la production de la nouvelle norme sur les thésaurus éditée en juillet 2005. Trois mois après sa production au sein du NISO, ce draft devenait une norme ANSI officielle, avec une version électronique gratuite comme toutes les normes ANSI, sur un site dédié. Ce qui est bien sûr un des grands avantages de ce fonctionnement : les normes américaines sont très utilisées à travers le monde comme la norme Z39.50. Bien joué, diront-certains, hégémonies diront d'autres personnes...

Quelques informations chiffrées glanées sur le site de l'ANSI : ses moyens se sont montés à 462 881.88€ pour 2006 (« overall revenue $713,625 ») dont 75% proviennent des adhésions des membres. Je n’ai pas le moyen de donner un avis, n'ayant pas de données financières pour la France...N'hésitez pas à faire vos commentaires.

Pour finir sur une touche plus sympathique : le travail au sein de ces groupes est très enrichissant sur le plan bien sûr des contenus et mais surtout sur le plan humains...

La CG46 vous attend...

Dalb, version 2 du 22 juin 2008

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